Le Chanteur Des Rues

Michel Sardou · Le Bac G [1992]

Dans les chansons d'avant-guerre,

Celles de nos chanteurs des rues,

Il fallait faire pleurer la France entière,

Raconter des histoires vécues.

Héros d'la classe ouvrière,

De Jean Jaurès à Duclos,

La mode était aux sanglots populaires,

Plus tristes encore que les journaux.



C'était toujours une pauvrette

Qu'avait pas d'papa d'maman

Qu'un bourgeois séduisait à la sauvette

Et plaquait immanquablement.

Elle se retrouvait fille-mère,

Et comme de bien entendu,

Pour échapper à sa triste misère,

Elle allait'se vendre à la rue.



C'étaient de longs mélodrames

Qui finissaient crescendo,

L'homme épuisé, le soir, battait'sa femme

Et buvait'sa paye au bistrot.



Chansons révolutionnaires,

Pavés d'la rue Damrémont,

Le temps des c'rises sur un vieux limonaire,

Sauver sa Patrie, sa Nation,

Chansons des anniversaires,

Un p'tit air d'accordéon,

Pour faire guincher les Milou, les Prospère

Dans un bougnat bois et charbon.



Toutes les chansons populaires,

Celles de nos chanteurs des rues,

S'en sont allées rejoindre, à leur manière,

Les brumes, comme de bien entendu.

Héros d'la classe ouvrière,

De Jean Jaurès à Duclos,

Qui chaviraient le cÅ“ur de ma grand-mère,

Joinville n'est plus au bord de l'eau.