Ma Femme

Pierre Perret · Tendre Pierrot [1976]

Oh toi, ma femme aux paupières de cèdre bleu

Aux regards fabuleux des enfants étonnés

Aux grands yeux prophétiques où l'on voit se baigner

Des elfes mystérieuses en paillettes dorées

Tes longs cils font des trilles en fumée de gitane.

Tes longs cils sont des rames aux vagues de la mer

Des pont-levis fermés par ma bouche salée.

Tes longs cils font de trilles en fumée de gitane.



Oh toi, ma femme aux paupières de cèdre bleu

Tes baisers ont le suc des tortillas indiennes

Des fleurs d'acacia roses des gâteaux de Noël

De pâte feuilletée fourrée d'orties au miel.

Ma femme aux pieds de lune, aux empreintes de fleurs

Aux vérités poignards qui déchirent les nues.

Ma femme au rire nu, aux sanglots retenus.

Ma femme aux pieds de lune, aux empreintes de fleurs.



Oh toi, ma femme aux paupières de cèdre bleu

Aux cris d'oiseaux plaintifs dans ton sommeil d'enfant

Aux étreintes jalouses en mâchoires de tigre

Aux étreintes jalouses en pointes de diamant

Au ventre palpitant de caille ensanglantée

À la bouche tendue comme un quartier d'orange.

Ma femme aux seins secrets aux lèvres de vendange

Au ventre palpitant de caille ensanglantée.



Et je suis là, moi, je suis là, sans rien te dire

Retenant les oiseaux dans ma bouche fermée.

Et j'étrangle ma muse, et j'étouffe ma lyre

Retenant les oiseaux dans ma bouche fermée.



Oh toi, ma femme aux paupières de cèdre bleu

Aux longs doigts de corail dans mes cheveux de laine

Aux longs doigts qui s'attardent aux bouches des fontaines.

Oh toi, ma femme aux paupières de cèdre bleu, je t'aime.