Blues Indigo

Julien Clerc · L'essentiel 2 [2008]

Persans, gouttières ou mistigris, si la nuit tous les chats sont gris

Les hommes aussi sont tous égaux quand tombe cette chape indigo.

Ciment de poussière et d'ennui qui descend autour de minuit

Sur les pavés, les quais de gare, les arrivées, les cases-départ

Des jeux de l'oie perdus d'avance

Quand les dés roulent sans qu'on les lance...

Sans quand les lance...



On fouille aussi dans les poubelles des souvenirs, on se rappelle

Des princesses et des cendrillons, des éphémères, des papillons

Qui tournaient dans les abat-jours de nos palais de rois d'un jour.

On se bat dans les terrains vagues

Eux font leurs griffes, on fait des tags

Et des marelles, mais pas de chance, la boîte tombe pas où on la lance

Où on la lance, où on la lance...



Chat des palaces, voleurs, voyous, des favelas ou du bayou,

Qu'on soit Mozart ou John Coltrane

C'est toujours le même blues qu'on traîne.



Faudrait, sur la carte du Tendre, des Touaregs pour nous attendre

Quelques repères et des sherpas

Des guides, des boussoles, des compas

Ou des Livingstone dans nos jungles

Moins de foin, un peu plus d'épingles

Des camions entiers d'amoureuses, de mygales, de mante-religieuses

Que nos appels aux ambulances, elles les entendent quand on les lance

Quand on les lance, quand on les lance.