Alléluia

Jean Ferrat · V.3 1965-66 [2009]

Ils ont déjà mis leur costume et leurs plus beaux souliers cirés

Quand selon les us et coutumes, les cloches se mettent à sonner

Chacun procède à sa manière pour faire son vin ou ses enfants

Mais c'est une toute autre affaire de réussir un enterrement

Alléluia, alléluia, alléluia, alléluia



Il faut savoir devant l'église, battre en retraite prudemment

En direction de Marie-Louise qui vous démarre au petit blanc

Voilà Pierrot et l'oncle Eugène, la casquette comme étendard

Le petit blanc devient douzaine avec Léon, Jules et Gaspard

Alléluia, alléluia, alléluia, alléluia



Pour peu que le "de profundis" arrive un quart d'heure en retard

On est au huitième pastis à la sortie du corbillard

Et sur la route cahoteuse, comme il n'est pas loin de midi

On se sent bientôt la dent creuse, la mort vous met en appétit

Alléluia, alléluia, alléluia, alléluia



Les saucissons fondent à vue d'œil, les langues claquent avec entrain

Souviens-toi du bois du cercueil, du frère de la tante au cousin

Souviens-toi des temps mémorables qu'on n'a jamais pu égaler

Où l'on resta trois jours à table à cause de trois macchabées

Alléluia, alléluia, alléluia, alléluia



Mais dans ce monde de misère, le bonheur est vite enterré

Il faut regagner sa chaumière, retrouver sa femme atterrée

En voyant l'état du costume et du bonhomme et des souliers

À la maison comme de coutume, les cloches se mettent à voler

Alléluia, alléluia, alléluia, alléluia.