Heureux Celui Qui Meurt D'Aimer

Jean Ferrat · V.3 1965-66 [2009]

O mon jardin d'eau fraîche et d'ombre

Ma danse d'être mon cÅ“ur sombre

Mon ciel des étoiles sans nombre, ma barque au loin douce à ramer

Heureux celui qui devient sourd au chant s'il n'est de son amour

Aveugle au jour d'après son jour, ses yeux sur toi seule fermés



Heureux celui qui meurt d'aimer, heureux celui qui meurt d'aimer



D'aimer si fort ses lèvres closes qu'il n'ait besoin de nulle chose

Hormis le souvenir des roses, à jamais de toi parfumées

Celui qui meurt même à douleur à qui sans toi le monde est leurre

Et n'en retient que tes couleurs, il lui suffit qu'il t'ait nommée



Heureux celui qui meurt d'aimer, heureux celui qui meurt d'aimer



Mon enfant dit-il ma chère âme, le temps de te connaître ô femme

L'éternité n'est qu'une pâme, au feu dont je suis consumé

Il a dit ô femme et qu'il taise, le nom qui ressemble à la braise

À la bouche rouge à la fraise, à jamais dans ses dents formée



Heureux celui qui meurt d'aimer, heureux celui qui meurt d'aimer



Il a dit ô femme et s'achève, ainsi la vie, ainsi le rêve

Et soit'sur la place de grève ou dans le lit accoutumé

Jeunes amants vous dont c'est l'âge, entre la ronde et le voyage

Fou s'épargnant qui se croit'sage, criez à qui vous veut blâmer



Heureux celui qui meurt d'aimer, heureux celui qui meurt d'aimer.