Le Cœur Fragile

Jean Ferrat · Je Ne Suis Qu'Un Cri [1985]

Si je meurs un beau soir d'hiver

On dira que c'est d'un cancer ou bien d'un truc à quelque chose

Il peut se trouver des experts

Qui décréteront au contraire que c'était la tuberculose

C'est pourquoi je prends les devants

Pour affirmer dès maintenant, croyez pas ces vieux imbéciles

J'avais une santé de fer

Je n'avais qu'un petit travers, j'avais le cœur un peu fragile



Le cÅ“ur fragile, les mains fébriles, la bouche offerte

J'aurai vécu, sans avoir cru, l'île déserte

En attendant, le cÅ“ur battant, la découverte

Je veux dormir, je veux mourir la porte ouverte



Quand on prend tout d'un cÅ“ur léger

Il paraît qu'on vit'sans danger que la mort longtemps nous évite

Mais j'ai voulu croire au bonheur

Et j'ai pris tant de choses à cœur que mon cœur a battu trop vite

Au lieu d'être un homme averti

Qui se passionne au ralenti, j'ai pris le parti des poètes

C'est en cherchant la toison d'or

Que mon cÅ“ur a battu si fort, quand j'y pense encore, il s'arrête



Le cÅ“ur fragile, les mains fébriles, la bouche offerte

J'aurai vécu, sans avoir cru, l'île déserte

En attendant, le cÅ“ur battant, la découverte

Je veux dormir, je veux mourir la porte ouverte



On me dira c'est pas sérieux

On ne s'en va pas pour si peu, il faut des raisons bien plus fortes

Mais je n'ai pas d'autres raisons

De mettre sous le paillasson, la petite clé de ma porte

On peut mourir tout doucement

D'un petit baiser qu'on attend, d'une voix froide au téléphone

D'un mot qu'on lance à bout portant

D'une confiance qu'on reprend, d'un amour qui vous abandonne



Le cÅ“ur fragile, les mains fébriles, la bouche offerte

J'aurai vécu, sans avoir cru, l'île déserte

En attendant, le cÅ“ur battant, la découverte

Je veux dormir, je veux mourir la porte ouverte.