Les Belles Étrangères

Jean Ferrat · V.3 1965-66 [2009]

Les belles étrangères qui vont aux corridas

Et qui se pâment d'aise devant la muleta

Les belles étrangères, sous leur chapeau huppé

Ont le teint qui s'altère à l'heure de l'épée



Allons, laissez-moi rire, on chasse, on tue, on mange

On taille dans le cuir des chaussures, on s'arrange

Et dans les abattoirs où l'on traîne les bÅ“ufs

La mort ne vaut guère mieux qu'aux arènes le soir



Les belles étrangères, quand montent les clameurs

Se lèvent les premières en se tenant le cÅ“ur

Les belles étrangères se jurent à jamais

De chasser Ordóñez de leurs rêves secrets



Allons laissez-moi rire, quand le taureau s'avance

Ce n'est pas par plaisir que le torero danse

C'est que l'Espagne a trop d'enfants pour les nourrir

Qu'il faut parfois choisir la faim ou le taureau



Les belles étrangères, végétariennes ou pas

Quittent leur banc de pierre au milieu du combat

Quittent leur banc de pierre au milieu du combat.