Les Poètes

Jean Ferrat · C'est Toujours La Premiere Fois [2006]

Je ne sais ce qui me possède et me pousse à dire à voix haute

Ni pour la pitié ni pour l'aide, ni comme on avouerait'ses fautes

Ce qui m'habite et qui m'obsède



Celui qui chante se torture, quels cris en moi quel animal

Je tue ou quelle créature, au nom du bien au nom du mal

Seuls le savent ceux qui se turent



Machado dort à Collioure, trois pas suffirent hors d'Espagne

Que le ciel pour lui se fît lourd, il s'assit dans cette campagne

Et ferma les yeux pour toujours



Au-dessus des eaux et des plaines, au-dessus des toits des collines

Un plain-chant monte à gorge pleine, est-ce vers l'étoile Hölderlin ?

Est-ce vers l'étoile Verlaine ?



Marlowe il te faut la taverne, non pour Faust mais pour y mourir

Entre les tueurs qui te cernent de leurs poignards et de leurs rires

À la lueur d'une lanterne



Etoiles poussières de flammes, en août qui tombez sur le sol

Tout le ciel cette nuit proclame l'hécatombe des rossignols

Mais que sait l'univers du drame



La souffrance enfante les songes comme une ruche ses abeilles

L'homme crie où son fer le ronge et sa plaie engendre un soleil

Plus beau que les anciens mensonges



Je ne sais ce qui me possède et me pousse à dire à voix haute

Ni pour la pitié ni pour l'aide, ni comme on avouerait'ses fautes

Ce qui m'habite et qui m'obsède.