Les Tournesols

Jean Ferrat · Best Of 3 CD [2009]

Mon prince noir et famélique, ma pauvre graine de clodo

Toi qui vécus fantomatique en peignant tes vieux godillots

Toi qui allais la dalle en pente, toi qu'on jetait dans le ruisseau

Qui grelottais dans ta soupente en inventant un art nouveau

T'étais zéro au Top cinquante, t'étais pas branché comme il faut

Avec ta gueule hallucinante pour attirer les capitaux



Mais dans un coffre climatisé au pays du Soleil-Levant

Tes tournesols à l'air penché dorment dans leur prison d'argent

Leurs têtes à jamais figées ne verront plus les soirs d'errance

Le soleil fauve se coucher sur la campagne de Provence



Tu allais ainsi dans la vie comme un chien dans un jeu de quilles

La bourgeoisie de pacotille te faisait le coup du mépris

Et tu plongeais dans les ténèbres, et tu noyais dans les bistrots

L'absinthe à tes pensées funèbres, comme la lame d'un couteau

Tu valais rien au hit-parade, ni à la une des journaux

Toi qui vécus dans la panade sans vendre un seul de tes tableaux



Mais dans un coffre climatisé au pays du Soleil-Levant

Tes tournesols à l'air penché dorment dans leur prison d'argent

Leurs têtes à jamais figées ne verront plus les soirs d'errance

Le soleil fauve se coucher sur la campagne de Provence



Dans ta palette frémissante de soufre pâle et d'infini

Ta peinture comme un défi lance une plainte flamboyante

Dans ce monde aux valeurs croulantes

Vincent, ma fleur, mon bel oiseau

Te voilà donc Eldorado de la bourgeoisie triomphante

Te voilà star du Top cinquante, te voilà branché comme il faut

C'est dans ta gueule hallucinante qu'ils ont placé leurs capitaux



Mais dans un coffre climatisé au pays du Soleil-Levant

Tes tournesols à l'air penché dorment dans leur prison d'argent

Leurs têtes à jamais figées ne verront plus les soirs d'errance

Le soleil fauve se coucher sur la campagne de Provence.