Paris An Deux Mille

Jean Ferrat · À Moi L'Afrique [1972]

Des cages s'ouvrent sur des cages

Il y a dans l'air comme un naufrage

Un cœur quelque part ne bat plus, Paris

Un cœur quelque part ne bat plus, Paris



Nous n'irons plus flâner aux Halles au petit jour à peine pâle

Nous ne vous tendrons plus la main

André Breton, Apollinaire

Poètes de la vie-lumière, Paris magique s'est éteint

Couleur de fer coule la Seine

Quelle injure crient tes sirènes, capitale prostituée

Quand nos regards sans transparence

Noyés dans des tonnes d'essence, pleurent des larmes polluées



Des cages s'ouvrent sur des cages

Il y a dans l'air comme un naufrage

Un cœur quelque part ne bat plus, Paris

Un cœur quelque part ne bat plus, Paris



Il n'est de Paris que son ombre

Des chercheurs d'or sur les décombres dressent des banques de béton

L'ordre massif règne immobile

Le pauvre habite en bidonville, le riche à la ville bidon

Dans les rues tracées à la trique

Voici l'acier géométrique des Bastilles de la fureur

Reviendrons-nous un jour les prendre

Avant que vie ne tombe en cendres du front de Paris crève-cÅ“ur



Des cages s'ouvrent sur des cages

Il y a dans l'air comme un naufrage

Un cœur quelque part ne bat plus.