Pourtant La Vie

Jean Ferrat · Ferrat 95 [1994]

À voir un jeune chien courir, les oiseaux parapher le ciel

Le vent friser le lavoir bleu, les enfants jouer dans le jour

À sentir fraîchir la soirée, entendre le chant d'une porte

Respirer les lilas dans l'ombre, flâner dans les rues printanières

Rien moins que rien, pourtant la vie



Rien moins que rien, juste on respire

Est-ce un souffle, une ombre, un plaisir ?

Je puis marcher, je puis m'asseoir

La pierre est fraîche, la main tiède

Tant de choses belles qu'on touche

Le pain, l'eau, la couleur des fruits

Là-bas les anneaux des fumées, un train qui passe et crie au loin

Rien moins que rien, pourtant la vie



À doucement perdre le temps, suivre un bras nu dans la lumière

Entrer, sortir, dormir, aimer, aller devant soi sous les arbres

Mille choses douces sans nom qu'on fait plus qu'on ne les remarque

Mille nuances d'êtres humaines, à demi-songe, à demi-joie

Rien moins que rien, pourtant la vie



Celui qui le veut qu'il s'enivre de la noirceur et du poison

Mais le soleil sur ta figure est plus fort que l'ombre qu'il fait

Et qu'irais-je chercher des rimes à ce bonheur pur comme l'air ?

Un sourire est assez pour dire, la musique de l'être humain

Rien moins que rien, pourtant la vie.