Si Allah Me Donne Un Fils

Michel Jonasz · Michel Jonasz [1974]

Si Allah me donne un fils,

Rien qu'un fils.



Si mon fils, en venant au monde,

A des yeux qui ne voient même pas l'ombre,

Alors chaque printemps,

Je lui décrirai le grand fleuv' dans les champs,

Sur les collines, dans les vergers,

Les fleurs des orangers.



Mais moi, pauvre fellah,

Qui, au café, ne trouve pas

Un partenaire aux dominos,

Je pourrai alors marcher

Dans la grande rue

Avec un fils

Sur mes épaules nues.



Si Allah me donne un fils,

Rien qu'un fils.



Si mon fils n'entend par le vent,

Les mots de tendresse de ses parents,

Allah pour lui parler

En mon cÅ“ur plein de volonté,

J'apprendrai avec patience, avec amour,

Le langage des sourds.



Mais moi, pauvre fellah

Que le patron ne salue pas,

Avec ma paie le vendredi,

A pied, j'irai au marché,

Le soir, acheter

A notre fils

Des chaussures, des jouets.



Si Allah me donne un fils,

Rien qu'un fils.