Saïd Et Mohamed

Francis Cabrel · L'Essentiel 1977-2007 [2007]

Elle changeait les draps de l'hôtel, les traces de doigts sur les poubelles

Petite hirondelle, au milieu des corbeaux, elle chantait "Desperado"

Moi, j'avais du retard sur le sommeil

Je m'étais fait doubler par le soleil.

Elle de l'autre côté du couloir, elle faisait chanter les miroirs.



J'ai passé une heure de sa vie, une heure sous le soleil de tilgérie

Sous la course des planètes, y'a des moments qu'on regrette.

Derrière ses paupières mi-closes, je voyais plus de gris que de rose,

Quand je suis parti, j'ai bien compris que je perdais quelque chose.



Ces enfants qui font rien à l'école

Et qui ont les poches pleines de tubes de colle

Et de toute façon, personne ne t'aide

Quand tu t'appelles Saïd ou Mohamed.



C'est le ciel en tôle ondulée pour toujours

C'est la fenêtre sur la troisième cour

C'est le cri des voisines plein les oreilles

Et les heures de mauvais sommeil.

Mais s'il y a quelqu'un autour qui comprend

Le mauvais français, le musulman



Sous la course des planètes, ça serait bien qu'il s'inquiète

Avant que ses paupières n'explosent

Qu'elles prennent ce gris en overdose.

Quand je suis parti j'ai bien compris qu'on y pouvait quelque chose...



Toi t'envoies dix francs pour les enfants du Gange

Parce que t'as vu les photos qui dérangent.

T'envoies dix francs pour les enfants d'ailleurs

Parce que t'as vu les photos qui font peur.

Et elle que tu croises en bas de chez toi

Elle que tu croises en bas de chez toi...



Depuis, je suis retourné à Marseille, ses amis n'ont pas de nouvelles

Y'a trop d'hirondelles ou trop de corbeaux, elle a dû changer de ghetto.

Moi, je crois plutôt qu'elle change les draps d'un autre hôtel

D'autres traces de doigts sur d'autres poubelles.

De l'autre côté d'un autre couloir, elle doit faire chanter les miroirs

Chanter les miroirs.