Clémentine Et Léon

Yves Duteil · Intimes Convictions [2011]

Clémentine et Léon Barentin, qui vendaient des pendules à Pantin

Se sont connus un jour en prenant leur journal

À côté du café du Canal

Et le jour de la St-Valentin, ils se sont mariés sans parents ni parrains

La fanfare avait joué des musiques de Chopin

Clémentine et Léon étaient bien.



Pendant qu'elle attendait les clients, Clémentine astiquait les cadrans

Et Léon tout au fond dans son beau tablier

Réparait les horloges du quartier

À côté du cahier, des tampons

Il y avait'sur la caisse une corbeille de bonbons

Les coucous qui sonnaient du matin jusqu'au soir

Donnaient l'heure, la demie et le quart.



Clémentine eut deux fils de Léon, il fallut agrandir la maison

On reprit pour pas cher sa boutique au voisin

Jusque-là les affaires marchaient bien

Mais la guerre est venue tout défaire

Clémentine a pleuré pour ses fils et leur père

Les pendules ont cessé d'égayer la maison

Quand Léon s'en alla pour le front.



Clémentine a vendu ses bijoux, accroché son alliance à son cou

Les enfants qui donnaient du travail à foison

Lui faisait oublier les saisons

Les horloges arrêtées sur une heure

Attendaient le retour du soldat de son cœur

Quand Léon apparut dans la porte un beau soir

Elle a dû se pincer pour y croire.



Clémentine et Léon Barentin, pour le jour de la St-Valentin

Ont rouvert la boutique et l'ont rebaptisée

On entendit les bruits des baisers

Il avait fabriqué de ses mains un carillon qui jouait'sur un air de Chopin

Ils avaient invité pour l'inauguration les amis, les voisins

Les enfants, les cousins, la fanfare, et même tout l'orphéon

Clémentine et Léon.