Comme Une Sœur

Georges Brassens · Une Jolie Fleur [2010]

Comme une sÅ“ur, tête coupée, tête coupée

Elle ressemblait à sa poupée, à sa poupée

Dans la rivière, elle est venue

Tremper un peu son pied menu, son pied menu.

Par une ruse à ma façon, à ma façon

Je fais semblant d'être un poisson, d'être un poisson.

Je me déguise en cachalot

Et je me couche au fond de l'eau, au fond de l'eau.



J'ai le bonheur, grâce à ce biais, grâce à ce biais

De lui croquer un bout de pied, un bout de pied.

Jamais requin n'a, j'en réponds

Jamais rien goûté d'aussi bon, rien d'aussi bon.

Elle m'a puni de ce culot, de ce culot

En me tenant le bec dans l'eau, le bec dans l'eau.

Et j'ai dû, pour l'apitoyer, faire mine de me noyer, de me noyer.



Convaincue de m'avoir occis, m'avoir occis

La voilà qui se radoucit, se radoucit

Et qui m'embrasse et qui me mord

Pour me ressusciter des morts, citer des morts.

Si c'est le sort qu'il faut subir, qu'il faut subir

A l'heure du dernier soupir, dernier soupir

Si, des noyés, tel est le lot

Je retourne me fiche à l'eau, me fiche à l'eau.



Chez ses parents, le lendemain, le lendemain

J'ai couru demander sa main, d'mander sa main

Mais comme je n'avais rien dans

La mienne, on m'a crié "Va-t'en!", crié "Va-t'en!"

On l'a livrée aux appétits, aux appétits

D'une espèce de mercanti, de mercanti

Un vrai maroufle, un gros sac d'or

Plus vieux qu'Hérode et que Nestor, et que Nestor.



Et depuis leurs noces j'attends, noces j'attends

Le cœur sur des charbons ardents, charbons ardents

Que la Faucheuse vienne couper

L'herbe aux pieds de ce grigou, de ce grigou.

Quand elle sera veuve éplorée, veuve éplorée

Après l'avoir bien enterré, bien enterré

J'ai l'espérance qu'elle viendra

Faire sa niche entre mes bras, entre mes bras.