Hécatombe

Georges Brassens · Une Jolie Fleur [2010]

Au marché de Brive-la-Gaillarde, à propos de bottes d'oignons

Quelques douzaines de gaillardes se crêpaient un jour le chignon

À pied, à cheval, en voiture, les gendarmes mal inspirés

Vinrent pour tenter l'aventure d'interrompre l'échauffourée



Or, sous tous les cieux sans vergogne, c'est un usage bien établi

Dès qu'il s'agit d'rosser les cognes, tout le monde se réconcilie

Ces furies, perdant toute mesure, se ruèrent sur les guignols

Et donnèrent, je vous l'assure, un spectacle assez croquignol



En voyant ces braves pandores être à deux doigts de succomber

Moi, j'bichais car je les adore sous la forme de macchabées

De la mansarde où je réside, j'exitais les farouches bras

Des mégères gendarmicides en criant "Hip, hip, hip, hourra !"



Frénétique, l'une d'elles attache le vieux maréchal des logis

Et lui fait crier "Mort aux vaches, mort aux lois, vive l'anarchie !"

Une autre fourre avec rudesse le crâne d'un de ses lourdauds

Entre ses gigantesques fesses qu'elle serre comme un étau



La plus grasse de ses femelles, ouvrant son corsage dilaté

Matraque à grand coup de mamelles ceux qui passent à sa portée

Ils tombent, tombent, tombent, tombent et s'lon les avis compétents

Il paraît que cette hécatombe fut la plus belle de tous les temps



Jugeant enfin que leurs victimes avaient eu leur content de gnons

Ces furies comme outrage ultime en retournant à leurs oignons

Ces furies à peine si j'ose le dire tellement c'est bas

Leur auraient même coupé les choses, par bonheur ils n'en avait pas

Leur auraient même coupé les choses, par bonheur ils n'en avait pas.