Le Vingt-Deux Septembre

Georges Brassens · J'ai Rendez-Vous Avec Vous [2008]

Un vingt-deux de septembre au diable vous partites

Et, depuis, chaque année, à la date susdite

Je mouillais mon mouchoir en souvenir de vous...

Or, nous y revoilà, mais je reste de pierre

Plus une seule larme à me mettre aux paupières

Le vingt-deux de septembre, aujourd'hui, je m'en fous.



On ne reverra plus au temps des feuilles mortes

Cette âme en peine qui me ressemble et qui porte

Le deuil de chaque feuille en souvenir de vous...

Que le brave Prévert et ses escargots veuillent

Bien se passer de moi pour enterrer les feuilles

Le vingt-deux de septembre, aujourd'hui, je m'en fous.



Jadis, ouvrant mes bras comme une paire d'ailes

Je montais jusqu'au ciel pour suivre l'hirondelle

Et me rompais les os en souvenir de vous...

Le complexe d'Icare à présent m'abandonne

L'hirondelle en partant ne fera plus l'automne

Le vingt-deux de septembre, aujourd'hui, je m'en fous.



Pieusement noué d'un bout de vos dentelles

J'avais, sur ma fenêtre, un bouquet d'immortelles

Que j'arrosais de pleurs en souvenir de vous...

Je m'en vais les offrir au premier mort qui passe

Les regrets éternels à présent me dépassent

Le vingt-deux de septembre, aujourd'hui, je m'en fous.



Désormais, le petit bout de coeur qui me reste

Ne traversera plus l'équinoxe funeste

En battant la breloque en souvenir de vous...

Il a craché sa flamme et ses cendres s'éteignent

À peine y pourrait-on rôtir quatre châtaignes

Le vingt-deux de septembre, aujourd'hui, je m'en fous

Et c'est triste de n'être plus triste sans vous.