Les Funérailles D'Antan

Georges Brassens · Une Jolie Fleur [2010]

Jadis, les parents des morts vous mettaient dans le bain

De bonne grâce ils en f'saient profiter les copains

"Y'a un mort à la maison, si le cœur vous en dit

Venez l'pleurer avec nous sur le coup de midi"

Mais les vivants aujourd'hui n'sont plus si généreux

Quand ils possèdent un mort ils le gardent pour eux

C'est la raison pour laquelle, depuis quelques années

Des tas d'enterrements vous passent sous le nez



Mais où sont les funérailles d'antan ?

Les petits corbillards, corbillards, corbillards, corbillards

De nos grands-pères qui suivaient la route en cahotant

Les petits macchabées, macchabées, macchabées, macchabées

Ronds et prospères quand les héritiers étaient contents

Au fossoyeur, au croque-mort, au curé, aux chevaux même

Ils payaient un verre, elles sont révolues, elles ont fait leur temps

Les belles pom, pom, pom, pom, pom, pompes funèbres

On ne les r'verra plus, et c'est bien attristant

Les belles pompes funèbres de nos vingt ans



Maintenant, les corbillards à tombeau grand ouvert

Emportent les trépassés jusqu'au diable vauvert

Les malheureux n'ont même plus le plaisir enfantin

D'voir leurs héritiers marron marcher dans le crottin

L'autre semaine des salauds, à cent quarante à l'heure

Vers un cimetière minable emportaient un des leurs

Quand, sur un arbre en bois dur, ils se sont aplatis

On s'aperçut qu'le mort avait fait des petits



Mais où sont les funérailles d'antan ?

Les petits corbillards, corbillards, corbillards, corbillards

De nos grands-pères qui suivaient la route en cahotant

Les petits macchabées, macchabées, macchabées, macchabées

Ronds et prospères quand les héritiers étaient contents

Au fossoyeur, au croque-mort, au curé, aux chevaux même

Ils payaient un verre, elles sont révolues, elles ont fait leur temps

Les belles pom, pom, pom, pom, pom, pompes funèbres

On ne les r'verra plus et c'est bien attristant

Les belles pompes funèbres de nos vingt ans



Plutôt qu'd'avoir des obsèques manquant de fioritures

J'aim'rais mieux, tout compte fait, m'passer de sépulture

J'aim'rais mieux mourir dans l'eau, dans le feu, n'importe où

Et même, à la grande rigueur, ne pas mourir du tout

Ô, que renaisse le temps des morts bouffis d'orgueil

L'époque des m'as-tu-vu-dans-mon-joli-cercueil

Où, quitte à tout dépenser jusqu'au dernier écu

Les gens avaient à cœur d'mourir plus haut qu'leur cul

Les gens avaient à cœur de mourir plus haut que leur cul.