L'Enfant Aux Cheveux Gris

Lynda Lemay · Les Lettres Rouges [2002]

Il est arrivé en coup d' vent

M'a marquée comme un coup d' soleil

Il s'est assis tout souriant

Il a dit : "J' m'appelle Henri Weil"



À la table d'un restaurant

En pleine nuit, en plein Paris

Comme un clone du fou chantant

Un simple amoureux de la vie



Comme un enfant aux cheveux gris

Qui n'a qu'un hymne dans la voix

Qu'une conviction dans ta vie

C'est qu'y'a d' la joie



Il m'a parlé, il m'a appris

Que le bonheur est dans l' papier

Du napperon qu'on plie, qu'on replie

Et qui devient une fusée



Son regard bleu comme une vague

M'a transportée, m'a rafraîchie

Il y est allé de quelques blagues

J'avais l' coeur tout ragaillardi



Comme un enfant aux cheveux gris

Qui n'a qu'une idole et qu'un roi

Qui n'a qu'une parole et qu'un cri

C'est "Y'a d' la joie"



Il m'a appris qu' le savoir-vivre

C'était de savoir être fou

Qu'assis, debout, à jeun ou ivre

On pouvait chanter n'importe où



Pour nous surprendre, il s'élançait

Vers quelque parfait inconnu

En s'écriant : "Si j' m'attendais...

Y'a si longtemps... Comment vas-tu ?"



Et devant tant de gentillesse

Et croyant sa mémoire trouée

L'homme floué, par politesse

Se résignait à l'embrasser



Et comme un enfant aux cheveux gris

Les yeux brillants, l'air satisfait

Fier de sa douce plaisanterie

Il chantonnait "Y'a d' la joie..."



Les années passent comme le vent

Marquent ma peau comme le soleil

Les années défilent et pourtant

Je ne me sens jamais plus vieille



Depuis cette nuit-là au resto

Je n' suis plus tout à fait pareille

Et si parfois j'ai le coeur gros

Quelque chose me dit qu'Henri veille



Et Trenet lui prête ses mots



"Y'a d' la joie... etc."