Caricature

Maxime Le Forestier · Saltimbanque [1975]

Des traits que l'on torture sur un visage de papier, une vie de rature

Qui se ferait caricature, moutons résignés, costumés

Qui se tairont toujours, sans un regard autour pour les renards

Cossus, repus, démarche fière, protégée par la boutonnière

Caricature effacée, gommée par un trou dans de la terre

Une pierre et dessous...

Quelques traits mal esquissés salissent un carnet.

Notre vie se passe au crayon, notre vie s'efface au bâillon.



Comme une signature sur un registre fatigué, un besoin d'aventure

Civilisé, caricature, dressés de naissance en enfance

À cadencer le pas sans réfléchir, soldats sans avenir

Bien vus, cocus, démarche fière, protégés par la fourragère

Caricature effacée, gommée par un trait de lance-pierre

Un éclair en acier...

Un portrait qui nous ressemble et flambe, déchiré.

Notre vie se passe au crayon, notre vie s'efface au canon.



Dans les années futures, ne changez rien à vos palais.

C'est la grandeur nature qui vous a fait caricatures.

Banquiers, présidents, marchands, fabricants de bonheur

Dans le velours, meneurs de basse-cour, joufflus, ventrus

Marchant à peine, protégés par la peur humaine

Caricature effacée, gommée quand le vent de la colère

Sort de terre, cependant... Que vos traits abandonnés finiront de brûler

Quand le crayon sait dessiner, le dessin commence à bouger.