Rotterdam

Leo Ferre · Leo Chante Ferre [2006]

Il n'en restait plus qu'un et c'était celui-là

Un port du Nord ça plaît, surtout quand on n'y est pas

Ça fait qu'on voudrais y être, ça fait qu'on n'sait pas bien

S'il faut s'taper l'poète ou s'taper la putain... d'Rotterdam



Où y'a pas qu'des putains, où y'a pas qu'des marins

Où y'a des chiens perdus et les enfants des rues

Où y'a pas qu'des marchands, où y'a pas qu'des chalands

Où y'a des vieux chevaux qui bridgent avec la mort

Où y'a des flics chinois qui se prennent pour la reine

Où y'a des filles en soie qui font couler leur gaine

Sur le bord du trottoir, comme un chagrin de plus

Qui traînera ce soir, tout le long de la rue

Si au moins ça pouvait r'ssembler à Rotterdam



Où y'a des rats crevés comme y'en a à Paris

Où y'a des chats croisés avec des vieilles souris

Où y'a pas qu'de l'import, où y'a bien loin du port

Des amants qui se font et puis qui se défont

Où y'a pas qu'des banknotes au seuil des minijupes

Et des mecs qui s'occupent à placer leur cam'lote

Où y'a des malheureux qui donneraient leur cul

Si en donnant son cul, on était bienheureux

Si au moins ça pouvait r'ssembler à Rotterdam



Où y'a des assassins planqués dans leur whisky

Et puis des insensés qui pass'ront pas la nuit

Où y'a pas qu'du tabac au goût de caramel

Où y'a de pauv's soldats qui s'farciraient l'Carmel

Où y'a un Christ debout derrière un bar de nuit

Qui cause avec le bout avec le bout d'la nuit

Où y a des exilés qui sortent leur exil

Dans le ciel barbelé d'une publicité con

Si au moins ça pouvait r'ssembler à Rotterdam



Où je n'irai jamais, car je vais au soleil

Où tu n'iras jamais car partout c'est pareil

Je prends le train du Sud, tu prends le train du Sud

Il prend le train du Sud jusqu'au bout de la nuit

Si au moins ça pouvait r'ssembler à l'Italie.