Il Y A

Jean Jacques Goldman · Singulier 81/89 [1996]

Il y a du thym, de la bruyère

Et des bois de pin, rien de bien malin.

Il y a des ruisseaux, des clairières

Pas de quoi en faire un plat de ce coin.

Il y a des odeurs de menthe

Et des cheminées, et des feux dedans.

Il y a des jours et des nuits lentes

Et l'histoire absente, banalement.



Et loin de tout, loin de moi, c'est là que tu te sens chez toi

De là que tu pars, où tu reviens chaque fois et où tout finira.



Il y a des enfants, des grand-mères

Une petite église et un grand café.

Il y a, au fond du cimetière

Des joies, des misères et du temps passé.

Il y a une petite école

Et des bancs de bois, tout comme autrefois.

Il y a des images qui collent

Au bout de tes doigts et ton cœur qui bat.



Et loin de tout, loin de moi, c'est là que tu te sens chez toi

De là que tu pars, où tu reviens chaque fois et où tout finira.



Et plus la terre est aride, et plus cet amour est grand

Comme un mineur à sa mine, un marin à son océan.

Plus la nature est ingrate, avide de sueur et de boue

Parce que l'on a tant besoin que l'on ait besoin de nous.

Elle porte les stigmates de leur peine et de leur sang

Comme une mère préfère un peu son plus fragile enfant.



Et loin de tout, loin de moi, c'est là que tu te sens chez toi

De là que tu pars, où tu reviens chaque fois et où tout finira.