Gentilshommes De Fortune

Bernard Lavilliers · Histoires [1999]

J'ai oublié jusqu'à mon nom en grattant de mes doigts fragiles

Jusqu'au plus profond de l'argile, pour trouver l'or de Salomon

On est des milliers dans la mine, tremblants de cette fièvre d'or

On creusera jusqu'à la mort pour cette couleur assassine

Le soleil est au fond du trou qui suinte l'eau et la vermine

On est des milliers dans la mine, accrochés à ce rêve fou



Le silence des jungles a recouvert les corps

Des indiens massacrés aux frontières colombiennes

Quand plane le curare et crache le FM

Quand passent les barbares sur les corps des indiennes

Tu sais, l'odeur du sang et de l'or est la même

Mais la vierge amazone ne s'est jamais donnée

Qu'à quelques gentilshommes qui n'ont rien demandé, rien demandé



Saigne la boue, monte l'échelle, les yeux creusés, le dos en sang

Quand les sourires n'ont plus de dents et que la main colle à la pelle

Et si tu tombes du scorbut au fond des jungles du Para

Au bord de Serra Pelada, tu n'auras pas atteint ton but

T'auras pas supporté le poids de tous les carats de l'or brut

Les années, les heures, les minutes au fond de Serra Pelada



Le silence des jungles a recouvert les corps

Des indiens massacrés aux frontières colombiennes

Quand plane le curare et crache le FM

Quand passent les barbares sur les corps des indiennes

Tu sais, l'odeur du sang et de l'or est la même

Mais la vierge amazone ne s'est jamais donnée

Qu'à quelques gentilshommes qui n'ont rien demandé

Les uns se sont perdus dans le fond des lagunes

Les autres devenus gentilshommes de fortune ou d'infortune.