Habana

Bernard Lavilliers · Champs Du Possible [1994]

En quittant la chambre irréelle, Hotel Nacional

Je longeais l'obscure citadelle, le palais royal

Où les princes, les élus du ciel, marchands d'armes sales

Font graver "très confidentiel" sous leurs initiales.

La terre tremblerait peut-être sur les secrets endormis

Sur le tombeau du poète allongé en Bolivie

Je savais très bien, je ne reverrai plus la beauté, la fange

Cité corrompue aux jardins suspendus et ce vide étrange.



Il n'y avait personne sous le soleil de Satan.

Mélodies monotones juste emportées par le vent.



Lolita était sombre et belle, tout au fond du bar.

Je lui ai dit les mots essentiels, ceux des vrais départs.

J'avais fait ce qu'il fallait faire, elle ne savait rien.

Lolita préférait'se taire suivre son destin.

Elle n'attendait rien de moi et je n'attendais rien d'elle.

On se reconnait parfois à nos sourires de rebelles.



Il n'y avait personne sous le soleil de Satan.

Mélodies monotones juste emportées par le vent.



Le vol de minuit disparut dans le ciel vers le continent

Elle repartit'seule chanter dans la ruelle, la chanson du sang.



Il n'y avait personne sous le soleil de Satan.

Mélodies monotones juste emportées par le vent.



En quittant la chambre irréelle, Hotel Nacional

Je laissais l'obscure citadelle, le palais royal

Juste allongé sur le lit, le troisième homme était mort

En emportant avec lui mes papiers, mon passeport.