Haute Surveillance

Bernard Lavilliers · Les Barbares [1976]

Chaque fois qu'on me serre la main

J'ai l'impression qu'on me tâte le pouls

Chaque fois qu'on me dit à demain

On apporte les planches et les clous

Chaque fois que je respire, c'est le délire



Je ne mange que des carottes râpées

Je surveille mes scellés, mes idées

On mesure mes crises et mes humeurs

Pas trop d'eau et pas trop de vapeur

Chaque fois que je transpire, c'est le délire



Chaque fois qu'elle me touche la queue

J'ai l'impression qu'elle me tâte le pouls

Chaque fois que je suis amoureux

Faut toujours qu'elle en veuille à mes sous

Chaque fois que je vais en mourir, c'est le délire



Il attend que je ponde un quatrain

Nuit et jour il me file le train

Je me shoot pour du speed et de l'huile

Je m'encroûte dans une piaule à Lille

Je reviens, j'ai toujours rien à dire, c'est le délire



Si je griffonne une nappe, il l'emballe

Si je sifflote deux notes, on m'installe

Pour huit jours dans un petit'studio

Vingt quatre pistes et en stéréo

Il annonce mon album va sortir, c'est délire



Of course je pourrai truquer

Faire du rock de la variété

Utiliser ma dialectique

À des Å“uvres bien plus sympathiques

Je pourrai militer m'assagir, c'est délire



Chaque fois qu'on me serre la main

J'ai l'impression qu'on me tâte le pouls

Chaque fois qu'on me dit à demain

On apporte les planches et les clous

Chaque fois que je respire, c'est le délire.