Les Mains D'Or

Bernard Lavilliers · Escale Au Gran [2006]

Un grand soleil noir tourne sur la vallée

Cheminée muettes - portails verrouillés

Wagons immobiles - tours abandonnées

Plus de flamme orange dans le ciel mouillé



On dirait - la nuit - de vieux châteaux forts

Bouffés par les ronces - le gel et la mort

Un grand vent glacial fait grincer les dents

Monstre de métal qui va dérivant



J'voudrais travailler encore - travailler encore

Forger l'acier rouge avec mes mains d'or

Travailler encore - travailler encore

Acier rouge et mains d'or



J'ai passé ma vie là - dans ce laminoir

Mes poumons - mon sang et mes colères noires

Horizons barrés là - les soleils très rares

Comme une tranchée rouge saignée rouge saignée sur l'espoir



On dirait - le soir - des navires de guerre

Battus par les vagues - rongés par la mer

Tombés sur le flan - giflés des marées

Vaincus par l'argent - les monstres d'acier



J'voudrais travailler encore - travailler encore

Forger l'acier rouge avec mes mains d'or

Travailler encore - travailler encore

Acier rouge et mains d'or



J'peux plus exister là, j'peux plus habiter là

Je sers plus à rien - moi, y a plus rien à faire

Quand je fais plus rien - moi, je coûte moins cher - moi

Que quand je travaillais - moi, d'après les experts



J'me tuais à produire pour gagner des clous

C'est moi qui délire ou qui devient fou

J'peux plus exister là, j'peux plus habiter là

Je sers plus à rien - moi, y a plus rien à faire



Je voudrais travailler encore - travailler encore

Forger l'acier rouge avec mes mains d'or

Travailler encore - travailler encore

Acier rouge et mains d'or



Travailler encore - travailler encore

Forger l'acier rouge avec mes mains d'or

Travailler encore - travailler encore

Acier rouge et mains d'or