Le Bistrot

Renaud · Renaud Chante Brassens [1996]

Dans un coin pourri du pauvre Paris, sur une place

L'est un vieux bistrot, tenu par un gros dégueulasse.

Si t'as le bec fin, s'il te faut du vin de première classe

Va boire à Passy, le nectar d'ici te dépasse.



Mais si t'as l'gosier qu'une armure d'acier matelasse

Goûte à ce velours, ce petit bleu lourd de menaces.

Tu trouveras là la fine fleur de la populace

Tous les marmiteux, les calamiteux de la place



Qui viennent en rang comme les harengs, voir en face

La belle du bistrot, la femme à ce gros dégueulasse.

Que je boive à fond l'eau de toutes les fontaines Wallace

Si, dès aujourd'hui, tu n'es pas séduit par la grâce.



De cette jolie fée qui, d'un bouge, a fait un palace.

Avec ses appas, du haut jusqu'en bas, bien en place.

Ces trésors exquis, qui les embrasse, qui les enlace ?

Vraiment, c'en est trop ! Tout ça pour ce gros dégueulasse !



C'est injuste et fou mais que voulez-vous qu'on y fasse ?

L'amour se fait vieux, il a plus les yeux bien en face.

Si tu fais ta cour, tâche que tes discours ne l'agacent.

Sois poli, mon gars, pas de geste ou gare à la casse.



Car sa main qui claque punit d'un flic-flac les audaces.

Certes, il n'est pas né qui mettra le nez dans sa tasse.

Pas né, le chanceux qui dégèl'ra ce bloc de glace

Qui fera dans l'dos les cornes à ce gros dégueulasse.



Dans un coin pourri du pauvre Paris, sur une place

Une espèce de fée, d'un vieux bouge a fait un palace.