Avant, On S'Écrivait

Pierre Perret · Comment C'Est La Chine ? [1983]

J'attendais sur un atoll ta lettre chaque semaine.

Tu écrivais des choses folles dont tu savais que je raffole.

Comme à Rodrigue disait Chimène "Mon cher petit con, je t'aime

Mais par cet envoi courtois, ne crois pas que j'aie le mal de toi".



Avant, on s'écrivait, maintenant, on se téléphone

Des mots sans intérêt comme des grandes personnes.

Avant, on s'écrivait de bien jolis mensonges

Craquants comme une oronge, légers comme duvet.



Tu disais "Mon p'tit salaud, je crois que tu me manques.

Je veux un enfant de toi qui ne te ressemble surtout pas.

Si tu ne reviens pas, virgule, je crois que je vais prendre un jules

Ou partir à Knokke-le-Zoute avec un vieux qui aura la goutte".



Avant, on s'écrivait, maintenant, on se téléphone

Des mots sans intérêt comme des grandes personnes.

Avant, on s'écrivait de bien jolis mensonges

Craquants comme une oronge, légers comme duvet.



De ta plume à l'encre noire, à petits coups de poignard

Tu m'écris "C'est un brave type, il m'aime et il s'appelle Philippe.

On se marre et on s'engueule, c'est tout ce que j'ai pu trouver

Mais je ne vieillirai pas seule, même si je t'aime à en crever".



Avant, on s'écrivait, maintenant, on se téléphone

Des mots sans intérêt comme des grandes personnes.

Avant, on s'écrivait de bien jolis mensonges

Craquants comme une oronge, légers comme duvet.



Te souviens-tu de ma lettre, avant de prendre le bateau ?

Si tu m'attends pas, Ninette, je me suicide à coups de marteau.

Tu étais sur le quai du Havre, dans une jolie robe de deuil.

Tu m'as dit "Mon beau cadavre, je veux une place dans vot' cercueil".



Avant, on s'écrivait, maintenant, on se téléphone

Des mots sans intérêt, comme des grandes personnes.

J't'appelle de mon travail et tu as la certitude

Que je rentre au bercail, tu en as pris l'habitude.

Avant, On S'Écrivait

Pierre Perret's 1983 track 'Avant, On S'Écrivait' stands as a poignant chapter in his later discography, reflecting the French singer's enduring commitment to poetic storytelling. Released on the album 'Comment C'Est La Chine ?', the recording captures Perret's signature vocal style, blending melodic sensitivity with a nuanced delivery that characterizes his work from the 1970s through the 1980s. The song exemplifies his ability to explore themes of memory, loss, and the passage of time within a sophisticated musical framework. As part of his extensive catalogue, this piece demonstrates Perret's versatility, moving beyond his earlier rock and pop influences to engage with more introspective and literary subjects. The recording remains a testament to his status as a unique voice in French music, known for his distinct phrasing and emotional depth.