Ça T'Va

Leo Ferre · Leo Chante Ferre [2006]

Tu n'vas jamais aux collections, tu préfères mettre tes sous à plat

Pour t'acheter une belle maison, drapée par les Dior du gothique

Mais comme on va pas cul tout nu et puis qu'd'abord moi j'n'voudrais pas

Tu t'sapes chez l'couturier d'ton cru qu'a des harnais démocratiques



Ça t'va, cette robe de dix sacs

Tes cheveux en vrac, ce rien qui t'habille

Ça t'va, tes souliers pointus

Même s'ils sont fichus, ça t'flatte tes gambilles

Ça t'va, ce sac en lézard qui fait le lézard qous ses airs plastiques

Ça t'va, cet air sans façon dont t'as pris mon nom pour vivre de musique



Tu n'vas jamais chez Rubinstein qu'a d'la frimousse en comprimé

Qui pour deux plombes vous met en scène

La gueule des dames pour la parade

Et quand tu sors chez les snobards et que j'te demande si t'es parée

Tu m'dis avec ton air anar "Moi j'ai l'soleil sur la façade"



Ça t'va, cette gueule de dix ronds

Malgré c'que diront les cons d'photographes

Ça t'va, ce dos qui descend sous l'oeil indécent des gars qui te gaffent

Ça t'va, tes carreaux mouillés quand ils ont regardé la joie qui s'défoule

Ça t'va, tes mains toutes comme ça

Par ce je n'sais quoi qui fait les mères poules



Tu n'vas jamais aux collections, tu préfères coudre un peu d'bonheur

Dans notre carrée et faire ton rond, loin des ballots et d'leur système

T'es là jusqu'à la fin des temps, à m'écrire le courrier du coeur

Tu m'lâches tout juste pour que j'aie l'temps

De faire une chanson et dire que j't'aime



Ça m'va, ta prison dorée, ta bouche adorée en guise de serrure

Ça m'va, tes plats mijotés, tellement qu'on dirait manger d'la luxure

Ça m'va, ton air bienheureux qu'ont les amoureux qui restent fidèles

Ça m'va qu'on puisse dire un jour

"Et quant à l'amour, il n'a aimé qu'elle".

Ça T'Va

Leo Ferre's "Ça T'Va" stands as a defining track from his 2006 album *Leo Chante Ferre*, capturing the raw, unpolished energy of his early career. Released during a pivotal period for French chanson, the recording showcases Ferre's signature vocal style, blending poetic lyricism with a gritty, acoustic-driven approach that resonated deeply with audiences. The song reflects the intimate, confessional nature of his work, often performed live to connect directly with listeners. As part of his broader discography from the late 1960s and 2000s, it exemplifies his commitment to authentic expression over commercial polish, cementing his reputation as a serious artist within the French music tradition.