Il N'Aurait Fallu

Leo Ferre · Les Chansons D'Aragon [1961]

Il n'aurait fallu qu'un moment de plus pour que la mort vienne

Mais une main nue, alors, est venue qui a pris la mienne

Qui donc a rendu leurs couleurs perdues aux jours, aux semaines ?

Sa réalité a l'immense été des choses humaines



Moi qui frémissais, toujours, je ne sais de quelle colère

Deux bras ont suffi pour faire à ma vie un grand collier d'air

Rien qu'un mouvement, ce geste en dormant, léger qui me frôle

Un souffle posé, moins une rosée contre mon épaule



Un front qui s'appuie à moi dans la nuit, deux grands yeux ouverts

Et tout m'a semblé comme un champ de blé dans cet univers

Un tendre jardin dans l'herbe où soudain, la verveine pousse

Et mon cÅ“ur défunt renaît au parfum qui fait l'ombre douce



Il n'aurait fallu qu'un moment de plus pour que la mort vienne

Mais une main nue, alors, est venue qui a pris la mienne.